En ce moment toute l'?me du vieillard sembla passer dans ses yeux, qui
s'injectèrent de sang ; puis les veines de son cou se gonflèrent, une teinte
bleu?tre comme celle qui envahit la peau de l'épileptique, couvrit son cou, ses
joues et ses tempes ; il ne manquait à cette explosion intérieure de tout l'être
qu'un cri. Ce cri sortit pour ainsi dire de tous les pores effrayant dans son
mutisme, déchirant dans son silence. D'Avrigny se précipita vers le vieillard et
lui fit respirer un violent révulsif. ?Monsieur ! s'écria alors Morrel, en
saisissant la main inerte du paralytique, on me demande ce que je suis, et quel
droit j'ai d'être ici.? vous qui le savez, dites-le, vous ! dites-le ! ? Et la
voix du jeune homme s'éteignit dans les sanglots. Quant au vieillard, sa
respiration haletante secouait sa poitrine. On e?t dit qu'il était en proie à
ces agitations qui précèdent l'agonie. , Enfin, les larmes vinrent jaillir des yeux de Noirtier, plus heureux
que le jeune homme qui sanglotait sans pleurer. Sa tête ne pouvant se pencher,
ses yeux se fermèrent. ?Dites, continua Morrel d'une voix étranglée, dites que
j'étais son fiancé ! ?Dites qu'elle était ma noble amie, mon seul amour sur la
terre ! ?Dites, dites, dites, que ce cadavre m'appartient ! ? Et le jeune homme,
donnant le terrible spectacle d'une grande force qui se brise, tomba lourdement
à genoux devant ce lit que ses doigts crispés étreignirent avec violence. CIII.
Maximilien.. 185 Page 190 Le Comte de Monte-Cristo, Tome IV Cette douleur était
si poignante que d'Avrigny se détourna pour cacher son émotion, et que
Villefort, sans demander d'autre explication, attiré par ce magnétisme qui nous
pousse vers ceux qui ont aimé ceux que nous pleurons, tendit sa main au jeune
homme. Mais Morrel ne voyait rien ; il avait saisi la main glacée de
Valentine, et, ne pouvant parvenir à pleurer, il mordait les draps en rugissant.
Pendant quelque temps, on n'entendit dans cette chambre que le conflit des
sanglots, des imprécations et de la prière. Et cependant un bruit dominait tous
ceux-là, c'était l'aspiration rauque et déchirante qui semblait, à chaque
reprise d'air, rompre un des ressorts de la vie dans la poitrine de Noirtier.
Enfin, Villefort, le plus ma?tre de tous, après avoir pour ainsi dire cédé
pendant quelque temps sa place à Maximilien, Villefort prit la parole.
?Monsieur, dit-il à Maximilien, vous aimiez Valentine, dites-vous : vous étiez
son fiancé ; j'ignorais cet amour, j'ignorais cet engagement ; et cependant,
moi, son père, je vous le pardonne, car, je le vois, votre douleur est grande,
réelle et vraie. ?D'ailleurs, chez moi aussi la douleur est trop grande pour
qu'il reste en mon cur place pour la colère.? ?Mais, vous le voyez, l'ange que
vous espériez a quitté la terre : elle n'a plus que faire des adorations des
hommes, elle qui, à cette heure, adore le Seigneur ; faites donc vos adieux,
monsieur, à la triste dépouille qu'elle a oubliée parmi nous ; prenez une
dernière fois sa main que vous attendiez, et séparez-vous d'elle à jamais :
Valentine n'a plus besoin maintenant que du prêtre qui doit la bénir.
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