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2014-07-22 15:54:55
Notons immédiatement que cette médaille a son enversxA0;: dans toute
une presse russe se répand à partir de 1994 une tout autre image, celle
très négative du montagnard tchétchène, voire du Caucasien, assimilé à
un bandit terroriste, un loup islamiste avide de sang russe[16][16]
Cette image figurait sur la couverture d’un livre décrivant...suite. 50
Au vu du vif regain, dans les sciences humaines postsoviétiques, des
théories culturalistes et naturalistes, il nous semble utile de faire
ici quelques observations destinées à éveiller l’attention sur des
systèmes d’explication par trop simplificateurs d’une réalité autrement
complexe. 51 La première, purement géographique, est un fait d’évidence
dont il faut tenter de mesurer les implications. La grande majorité des
ressortissants des peuples classés comme 160;montagnards160; ne vit plus
en montagne depuis souvent plusieurs décennies.
C’est là le résultat de la politique systématique visant, depuis la
période tsariste, à faire descendre les montagnards sur les piémonts. De
fait, une bonne partie de la population d’age adulte et de leurs
descendants sont nés dans la plaine. La plupart sont aujourd’hui
citadins, et ils ne connaissent au mieux la montagne que pour avoir fait
de brefs séjours dans leur aoul d’origine à l’occasion de fêtes
familiales. à l’exception peut-être de certaines communautés au
Daghestan, les logiques principales, économique, démographique,
culturelle, qui les animent sont des logiques urbaines nées et
organisées sur les piémonts. Incontestablement, ce processus n’a pas
annihilé les solidarités ethniques ou localesxA0;: l’appartenance à tel
clan de tel aoul de montagne du Daghestan a toutes sortes d’implications
sociales mais leur champ d’application concerne des activités qui n’ont
plus guère de lien avec la montagne (partage des bénéfices du pétrole,
du caviar, du batiment et des travaux publics, etc.). La montagne n’a
jamais été une priorité des planificateurs soviétiques et il ne semble
pas qu’elle le devienne depuis les indépendances. 52 N’en déplaise aux auteurs d’images romantiques sur les guerriers
montagnards, la plupart des conflits récents furent d’ailleurs d’abord
marqués par des combats urbains (Groznyi, Soukhoumi), la montagne ne
servant pour l’essentiel que de refuge épisodique ou de voie de passage
du fait de la configuration des frontières. 53 Une seconde série
d’observations découle un peu de la précédente et porte sur les coutumes
et traditions apparentées. Dans une large mesure, les exemples le plus
souvent cités, tirés de la vie quotidienne, reflètent bien davantage
l’acculturation de ces peuples depuis la conquête russe que les
traditions et rites originels tels qu’a essayé de les décrire G.
Charachidze[17][17] Voir par exemple 160;La fin de la grande steppe
et...suite.
Il insiste d’ailleurs sur le fait que le rapport à la montagne était
fort différent chez les Circassiens (Caucasiens du Nord-Ouest), dont le
mode de vie intégrait profondément les rapports à la steppe, et chez les
peuples du Daghestan. Pour lui, les traits caucasiens originaux ont été
modifiés dès le milieu du XIXe siècle, et irrémédiablement brisés
durant la période soviétique. La déstructuration de l’organisation si
spécifique des clans tchétchènes lors de la soviétisation, et surtout
durant la déportation de 1944 à 1957, est d’ailleurs un facteur
fondamental qui permet de comprendre 150; au-delà de leur farouche
résistance 150; l’ampleur des divisions au sein de cette société, la
perméabilité des couches les plus jeunes à de nouvelles influences
(l’islam radical procheoriental) et la perte de crédibilité des leaders
traditionnels. 54 Il faut par ailleurs relativiser la communauté
historique des peuples caucasiens. Personne ne nie bien s?r leur
appartenance à des familles ethnico-linguistiques très différentes
(caucasienne, iranienne, turque, slave). à la fin des années
quatrevingt, le principal lien évoqué comme devant réunir les peuples du
Caucase est leur lutte commune contre le colonialisme russe. Or, s’il
est bien vrai que l’ensemble de la région a été intégré à partir de la
fin du XVIIIe siècle à l’Empire, l’attitude des populations envers cette
puissance tutélaire a considérablement varié.